Si vous l'aimez ne cherchez pas son bonheur!

Petites réflexions sur le bonheur:

Et pourtant nous voulons son bonheur !
Bonheur et malheur sont des notions tout à fait humaines. Nous seuls avons les facultés intellectuelles de conceptualiser cette image de bonheur et son contraire.
Transposer cette vision à l’animal n’a aucun sens et conduit souvent notre compagnon à quatre pattes dans une confusion traumatisante.
Notre propension à l’anthropomorphisme (vision humaine de l'animal) est indéniable et fait finalement partie de l’homme. Pour autant, notre intelligence "supérieure" doit nous permettre d’en accepter et d’en mesurer les effets.

Qu’est-ce que le bonheur pour un chien ?
Il faut revenir à l’essence même de l’espèce. L’éthologie apporte une vision assez précise du mode de vie des ancêtres des chiens en milieu naturel. Celle ci, même si cela paraît difficile à accepter aujourd’hui, est encore basée sur le un comportement social fait de relations entre individus.

Éthologiquement parlant, bonheur et malheur n’ont pas leur place dans la vie du chien. Un chien, comme son « cousin » le loup, vit avec le but premier de maintenir et de préserver sa vie et par extension son espèce.
Cela peut paraître sommaire, voire creux et irréaliste, pourtant il suffit de se rapprocher de nos plus lointains comportements pour voir que l’homme, lui aussi, en son temps, n’a eu de cesse de chercher à uniquement préserver l’espèce.
A la différence de l’animal il a évolué sur d’autres chemins parce qu’il a pu, grâce à une construction unique de son système nerveux central, conceptualiser, parler, inventer, raisonner, chercher. Ces notions ne sont en l'état pas à la portée de l’animal.


N'en déduisons pas que le chien peut se contenter de répondre à ses deux besoins phylogéniques essentiels: se nourrir et se reproduire.  

Certes ces nécessités sont essentielles mais elles sont loin de dessiner l'ensemble des besoins du chien. La relation née de l'attachement à l'humain est un autre élément fondamental des besoins canins.
Pourquoi la présence du chien ?
Notre vision humaine n’accepte que très difficilement cet adage: « chacun à sa place et les vaches sont bien gardées ». Pourtant, l'origine du lien qui nous unit depuis 50  000 ans au chien est fondé sur une utilité fonctionnel de l’animal, comme par exemple l’utilisation de ses compétences instinctives à la chasse ou à la garde. Ce sont ses compétences canines qui lui conféraient une place auprès de l’homme.
Toutefois, cette vision est assez réductrice  et aujourd'hui nous savons que les raisons de la présence du chien près de l'homme sont beaucoup plus complexes. La notion de fonctionnalité est plus étendue que le simple rapport aux éléments pratiques. La fonction psychosociale du chien est aujourd'hui évidente même si pas encore complètement comprise.
Confusions:
Le chien est-il heureux, ressent-il du bonheur à dormir dans un lit ou à manger à table avec le reste de la famille ?
Tout le monde ou presque saurait répondre par la négative: « Non bien sûr que ce n’est pas une question de bonheur pour un chien ! ».
Pourtant, si l’on pose la question de manière différente, le risque est grand de perdre des convaincus. Par exemple : si votre chien vous réclame à manger à table et que vous refusez, à quoi vous ramène son regard? Il est certain que nombre d’entre nous répondrons alors qu’il a l’air malheureux !

En éthologie et en comportement canin, la réponse à une demande pressente d’un individu lambda est considérée, par ce même individu, comme une réussite à une tentative de prise de pouvoir décisionnel. Cela s’inscrit comme un changement éventuel de la position sociale entre lui et celui à qui il demande. En clair, chez le chien, il y à celui qui laisse sa place et celui qui la prend. Pas de référence au bonheur ou au malheur, juste une mesure du rang qu’on occupe; on n'a pas accès aux mêmes choses en même temps ou dans les mêmes conditions.

Malheureux, heureux, malheur, bonheur, nous y sommes! La traduction par une émotion et un ressenti purement humain a fait son œuvre et le résultat est une erreur manifeste d’interprétation qui conduira inévitablement à une autre spécialité du psychisme humain: la culpabilité.

Terme insignifiant, lourdes conséquences !
Sur le fond, il n’y a rien de grave à penser que le chien éprouve du bonheur ou pas à obtenir ce qu’il demande. L’objectif n’est pas d’affirmer ou de construire un dogme d’inaccessibilité canine au sentiment de bonheur ou de malheur. 
Si le chien n’éprouve pas de bonheur ou de malheur au sens humain, cela ne défend aucunement l’idée qu’on puisse le faire souffrir physiquement ou le perturber. C’est bien le point de départ du problème crucial d’une confusion entre protection et anthropomorphisme. Protéger l’animal c’est avant tout le respecter dans sa différence, le comprendre et le regarder à travers son identité et non celle que l'on veut se faire de lui.

Un peu d’humilité que diable !
S'agissant de souffrance morale, lorsqu'on veut le bonheur de l’autre, c’est qu’on croit connaitre ce qui le soulagerait de sa souffrance. N’est-ce pas une attribution de puissance, voire de surpuissance, d'un individu sur l’autre. Cela sous-entend un contrôle quasi total sur la connaissance de l’autre. C'est la dérive anthropomorphique!

Accepter la différence et s’adapter !
Si nous acceptons l’idée d’une évolution différente entre l’homme et le chien, pouvons-nous accepter qu’il nous revient de nous adapter à ce qu’est le chien. Le chien pourrait vivre sans nous, tout au moins dans une relation moins intime. N’en déplaise à notre égo, c’est la réalité. Nous pouvons aussi vivre sans eux, encore que cela paraisse plus compliqué. En tous cas, puisque nous les gardons près de nous et que finalement chacun pourrait être séparé, il revient à celui qui invite à la relation d’être attentif et à l’écoute de l’autre. Grâce à la domestication, le chien s’est déjà fortement adapté à notre environnement et il l'a fait aussi par intérêt éoclogique, mais il a ses limites. 
Il nous faut absolument apprendre et comprendre ce qu’est un chien pour accéder à ce sentiment si recherché par l’humain - le bonheur - et ainsi offrir à notre compagnon le « bien-être-chien » qu’on lui doit. Acceptons de parler de bonheur canin à condition d'être dans un référentiel canin.
Si vous l'aimez ne cherchez pas son bonheur, respectez-le !

Ce que l’on croit pouvoir offrir à l’autre pour son bonheur n’est jamais qu’une interprétation personnelle de la vision de son malheur.

Il faut arrêter de subir les confusions, faussement protectrices, entre affection, partage, relation et l’anthropomorphisme de culpabilité, d’altruisme pathologique, etc.
Tant que l’homme n’acceptera pas de regarder et de vivre avec son chien en utilisant des codes qui lui sont accessibles, il y aura des difficultés relationnelles, des dangers et malheureusement des drames.


« Bien-être-chien »
Ne pas prendre en compte l’identité animale du chien peut le conduire à une torture intérieure sans commune mesure . Si l’homme ne le comprend pas, le chien lui le subit.
C’est le mot « bien-être » qui devrait être utilisé pour le chien. « Bien-être » veut dire, être bien. Il y a dans ces deux mots des notions simples mais très importantes.

« être », c’est reconnaître que le chien a une identité, celle de chien.
« bien être », c’est être bien reconnu sous sa propre identité. Il n’y pas de notion de bon ou de mauvais. En s’assurant du « bien-être » de son chien on s’assure qu’on le considère bien en tant qu’ « être chien ».

                                                                                                                


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