BESOINS HUMAINS : Une nécessité vitale d’assouvissement.

Cet article traite de la relation homme-chien à travers une approche personnelle qui pourra susciter des remarques et des critiques. N’hésitez pas à m’en faire-part, c’est aussi ce qui fait progresser les idées que de les soumettre à la critique.

 

Je vous propose d’éclairer d’un point vu social, psychologique et éthologique ce qui constitue les bases de la relation homme-chien. Cette approche peut être d’ailleurs proposée pour ce qui concerne la relation avec les animaux domestiques au sens plus large.

 

J’ai travaillé à partir de théories sociologiques qui définissent les relations entre les membres d’un groupe social à travers la notion de FONCTION (compétences, capacités).

A cette idée fonctionnaliste j’ai associé de façon transversale les notions psychologiques et éthologiques qui gouvernent nos relations et qui correspondent aux spécificités des espèces canines et humaines.

Concernant l’homme, j’ai choisi de définir sa relation avec le chien comme : expression vitale de BESOINS à assouvir. Il s’agit d’un postula qui repose sur le principe que les actes conscients de la vie, les choix, les décisions, les motivations, sont guidées par des éléments souvent inconscients, mais d’une importance pourtant capitale à notre équilibre interne.

 

Voici un schéma descriptif et simplifié de mon approche de la relation homme-chien.

Ce schéma, volontairement simpliste permet d’appréhender la problématique de la relation homme chien sous un angle concret et réaliste.

Même si la liste des besoins humains n’est certainement pas exhaustive et pourrait être redécoupée en "sous-besoins", la liste des fonctions du chien (compétences canines) me paraît être assez complète.

Comment s’articule cette relation?

Je précise que j'aurai pu tracer certainement d’autres lignes d’échanges sur le schéma, mais encore une fois l’objectif est ici de proposer une grille de lecture à travers une approche pédagogique et pratique de la relation.

Il ne s’agit pas de dresser un catalogue mais bien de vérifier que la relation homme chien fonctionne sur le schéma d’une recherche nécessaire d’adéquation entre besoins et fonctions « réalisantes».

Nous voyons clairement sur le schéma qu’il existe une convergence importante des besoins humains vers la composante relationnelle et sociale du chien.

A l’inverse, on constate que pour un certain nombre de fonctions canines dites élémentaires (prédation, garde..), il y a une correspondance assez précise et exclusive  avec des besoins humains bien identifiables appartenant à un champ "pratique" beaucoup plus restreint, disons plus rationnel et donc plus conscient.

Cet "équilibre" se rencontre dans la vie et l’environnement de certains chiens encore aujourd’hui, même s’il faut bien l’avouer, ce schéma correspond beaucoup plus à une époque éloignée où la relation avec le chien répondaient à des motivations pratiques répondant à des besoins humains conscients. L’expérience montre que les chiens dont la relation avec les maîtres repose sur ces éléments pratiques montrent beaucoup moins de comportements gênants. Ceci pose biensur la question de l’ennui des chiens domestiques urbains. Je ne traiterai pas ici de ce thème qui a d'ailleurs été très bien développé par le Docteur Joel Dehasse, vétérinaire comportementaliste Belge (http://www.joeldehasse.com/).

Le chien "contemporain-domestique-urbain" se trouve très engagé et impliqué dans un schéma relationnel s’articulant autour de la recherche par l’humain d’une réponse à des besoins plus diffus, plus inconscients et surtout plus complexes. Cette convergence des besoins psychiques et sociologiques humains en direction de la fonction relationnelle du chien est significative de l’évolution de la relation avec le chien.

 

Mais qu’y a t-il de gênant à cela ?

Je pourrai répondre, "rien, tant que personne n’y voit de désagréments". Et c’est là que la problématique prend toute sa dimension. Cette convergence de la nécessité psychique humaine de réponse à ses besoins, vers la seule fonction canine qui semble y correspondre, est à l’origine de la plupart des problèmes de relation homme-chien et de l’expression des comportements canins dits gênants.

Comme je le montre, tout se joue autour des compétences ou de la fonction sociale du chien, et ceci pose un problème majeur: la méconnaissance ou l’interprétation par l'humain des réelles capacités et compétences relationnelles canines.

L’humain guidé par ses besoins qui, je le rappelle, sont vitaux et doivent trouver une réponse, s’engouffre dans l’hypothèse antropomorphique que les qualités relationnelles du chien sont équivalentes à ses propres capacités.  

Prenons un exemple concret :

Le besoin humain de présence peut trouver son origine dans une situation de solitude familiale ou sociale. La réponse à ce besoin relationnel vital se trouve souvent dans la fonction sociale du chien. Or, le chien, qui par ailleurs gère très bien ses relations sociales avec un autre chien, se voit tout à coup investi d'une surcharge relationnelle qu’il encaisse, dont il se nourrit même de façon boulimique, mais qui pour des raisons de vie d’humain peut être interrompue à la moindre occasion. En clair, la solitude du maître peut conduire le chien dans une relation « fusionnelle », permanente et sans borne. Pourtant le maître a de multiples raisons de rompre cette relation, ne serait-ce que pour aller travailler, sortir au cinéma ou tout autre motif. C’est ici que les capacités de gestion relationnelle du chien sont baffouées. Il lui est impossible de passer du tout au rien. L’hyper attachement né de l’assouvissement de ce besoin humain tout à fait compréhensible ne peut être défait et rompu sans créer une immense angoisse chez le chien (anxiété de séparation). Cette tension interne ne peut être raisonnée par l’animal et il va donc s’adapter à cette situation inconfortable en cherchant, lui aussi de façon vitale, à faire baisser ce niveau d'angoisse. Il va exprimer des comportements adaptés pour faire baisser cette tension. Hurlements, dégradations, saletés, etc, sont autant de comportements adaptés à la baisse du niveau d'anxiété qui le parcourt intérieurement. Ce que les maîtres appelleront « troubles du comportement » n’est en fait que l’expression de comportements nécessaires à la survie du chien.

Nous voyons à travers cet exemple que nous sommes en présence de quelque chose de très complexe, puisque d’un coté nous avons l’homme qui doit répondre à ses besoins psychiques parfois pathologiques, et de l’autre le chien qui doit aussi répondre à des tensions psychiques intenses qui naissent de cette relation.

 

Il n’y a pas dans cette démonstration la volonté de mettre en accusation les maîtres, et encore moins de les culpabiliser, mais simplement de faire prendre conscience que rien n’est neutre et que tout influe sur les équilibres internes fragiles dont nous partageons certains schéma avec le chien.

L’homme adapte lui aussi ses comportements à des situations angoissantes. Quand il fait noir, il allume la lumière, quand il a peur d’être seul, il cherche la compagnie de quelqu’un, et bien c’est identique pour le chien. Pourtant il y a une différence essentielle, l’homme fait baisser ses tensions d’angoisse parce qu’il a une certaine maitrise de son environnement ou de la situation. Le chien, lui,  est soumis à ce qui lui est accessible en tant que chien et cette différence est essentielle.

Que reste t-il au chien hyper-attaché comme moyen de faire baisser son angoisse quand son maître s’en va ?

L’homme moderne, urbain, social, cherche à travers le chien à répondre à nombre de besoins qui lui sont propres et essentiels. Le chien lui est un animal doué de compétences pouvant répondre aux besoins de l’humain mais il est très loin de disposer des mêmes capacités de gestion. La première raison est son incapacité à notre forme de raisonnement et la seconde est son incapacité à la vision conceptuelle et imaginaire de son environnement et des situations. En clair, le chien ne peut se rassurer en imaginant que son maître va revenir plus tard ou qu’il est mieux à la maison que dans le coffre de la voiture, etc. Le chien vit un instant présent qui est chargé d’une émotion qui sera soit anxiogène soit apaisante.

Cette situation est-elle sans issue ?

Bien sur que non, et c’est tout l’intérêt de la prise en compte responsable et de l’acceptation consciente de ces schémas. En effet, si nous acceptons ce qui vient d’être décrit,  nous pouvons construire alors ce qui permet d’éviter que l’assouvissement inconscient des besoins de l’un devienne le calvaire de l’autre.

Pour cela il suffit de chercher à être dans la conscience des choses et par ce fait s’adapter aux capacités réelles et éthologiques du chien.

 

Répondre à sa souffrance de solitude par l’acquisition d’un chien n’a pas a être jugé par qui que se soit, si l’on accède à l’idée des effets d’une telle démarche sur l’être vivant qu’est le chien. C'est la seule manière de trouver la voie de l’équilibre qui permet à chacun d'être "bien".

Le chien a un véritable rôle de palliatif à de nombreux troubles humains, et ces derniers savent très bien s’auto-soulager des souffrances d’origines psychologiques diverses en s’auto prescrivant la dose de relation avec le chien qui leur est nécessaire. La seule difficulté réside dans le fait qu’ils ne connaissent pas les effets secondaires de cette "auto-médication". Ces effets sont ceux qu’exprime leur chien à travers ses comportements adaptés.

Il suffirait que la société reconnaisse que la fragilité humaine et les besoins vitaux qui la constitue peuvent être assouvies par le chien ou les animaux domestiques, pour que la notion d’aide, portée par les comportementalistes, trouve toute sa place et surtout sa légitimité.

Il n’y a aucun hasard à ce qu’aujourd’hui la science et la médecine reconnaissent les bienfaits et l’utilité de la zoothérapie. Il n’est plus à prouver que certaines psychopathologies humaines sont soulagées grâce à l’utilisation des fonctions et compétences relationnelles des animaux domestiques comme le chien ou le cheval par exemple. Il n’est donc pas étrange que depuis des siècles les humains se rapprochent de ses animaux pour répondre à d'autres besoins que ceux uniquement guidés par le rationnel.

C’est parce que le comportementaliste sait intervenir en régulant la "posologie" de l’"auto-médication affective" par le chien , qu’il a toute sa place en tant que professionnel de l’aide. Si nous reconnaissons aux humains le droit à se soulager par des moyens différents des anti dépresseurs ou autres anxiolytiques, alors chiens et humains pourraient "s’utiliser" mutuellement sans qu’aucun n’en souffre.






copyright: E.Bonnefoi/2009