Influences visibles et invisibles sur votre chien

Je souhaite insister ici sur l’importance de l’influence que vous exercez consciement ou non sur le comportement de votre chien.

En règle générale, « influencer » se définit de la manière suivante : conduire un ou plusieurs tiers à un changement de comportement qui n’aurait pas eu lieu autrement!
Cette définition peut paraître abstraite, pourtant elle est bien réelle. Qu’il s’agisse d’influence volontaire active ou d’influence inconsciente, le résultat est un changement, plus ou moins important, du comportement initial de celui sur lequel s’exerce cette influence.



Deux modes d’influence du maître sur le chien :
L’influence « VISIBLE » 


C’est tout ce qui concerne l'influence menée activement par l'imprégnation, l’apprentissage, le dressage ou encore le travail du chien. Cette influence voulue et maitrisée par le maître est en principe fondée sur des objectifs précis et mesurables de changement du comportement naturel du chien. Par exemple, si je veux que mon chien marche aux pieds, j’influence son comportement afin d’obtenir un changement. Cette action d’influence que j’appelle « visible » est la plus connue et concerne en règle générale le domaine du dressage (éducation canine).

Vous l’aurez surement compris à la lecture de la page « Education canine ? », cette approche de l’influence « visible » sur le chien n’est pas le champ d’intervention privilégié du comportementaliste que je suis.


L’influence « INVISIBLE »

Cette influence du maître sur son chien est la source de très nombreux problèmes et incompréhensions entre l’animal, le maître, la famille et plus généralement la société.


Pourquoi invisible ?
Parce qu’elle n’est pas volontaire et donc inconsciente. Cette influence, qui s’exerce d’ailleurs aussi de la même façon entre les humains, concerne l’environnement, les relations interpersonnelles des membres du groupes, les caractères des personnes, les besoins psychologiques inconscients, etc.
Il s’agit ici du cœur de la problématique qui intéresse le comportementaliste et comme elle est invisible, ceci explique que de nombreux maîtres se tournent en premier lieu vers des sources de solutions répondant plutôt aux influences « visibles ».
Comment envisager que la cause du trouble peut être ailleurs alors qu’elle est de fait invisible au maître et que le chien ne peut l’exprimer qu’à travers des symptômes de troubles du comportement ? La réponse à cette question est apportée par le travail du comportementaliste. Acceptation et prise de conscience de l’impact et des effets de votre influence inconsciente sont les éléments que nous devrons découvrir ensemble lors de l'entretien.



Pourquoi l’influence inconsciente est-elle si importante ?
Parce qu’elle est universelle et incontournable dans les relations entre les individus sociaux. Chacun est porteur de son histoire, plus ou moins traumatisante, et ceci de manière plus ou moins consciente. En clair, ce que chacun porte en lui s’exprime de façon plus ou moins interprétable pour lui même et pour les autres. C’est l’acceptation de notre fragilité qui permet d’accéder à l’idée que nos forces et nos faiblesses ne sont pas forcément traduites dans les actes que nous décidons tous les jours. Nombreux sont nos comportements qui répondent à des besoins inconscients et dont nous n’avons aucune conscience au moment ou nous les produisons. C’est le propre de ce qui constitue cette influence invisible, car bien évidemment, nos manques ou nos excès se traduisent toujours en actes ou comportements. Sans rentrer dans une psychologie de comptoir, l’idée que nous puissions tous avoir plus ou moins de « casseroles » paraît aujourd’hui acceptable au plus grand nombre. Il paraît donc de fait, tout aussi acceptable que ces « affects et traumatismes » puissent avoir une réelle influence sur notre environnement et ceux qui nous sont proches.


Vérifions ensemble cette approche :
Pourquoi avez vous un chien ? Qui sait répondre à cette question ? Tout le monde ou presque à priori, en tous cas les réponses habituelles sont aussi nombreuses que bien argumentées : « il garde la maison, je suis chasseur, il me tient compagnie, j’ai toujours eu des chiens, j’aime les animaux », etc etc.
A travers cette liste non exhaustive de réponses, on remarquera qu’on peut établir deux groupes. Nous verrons que ces deux classes correspondent assez bien aux deux types d’influences décrites plus haut. 

Garder la maison, chasser, travailler, sont des arguments qui vont augurer d’une influence maître-chien sur un mode direct et visible du type : apprentissage ou dressage.

Que dire de l’autre classe de réponses ? Cela se complique un peu plus dès lors qu’il s’agit de, … tenir compagnie,… toujours eu des chiens, …aimer les animaux etc. Ces réponses font référence à des expressions d’affect et d'émotionnel trouvant leur source dans la carte psycho-affective de la personne.
Il ne s’agit pas de théorisation psychologique, il s’agit juste de regarder les choses en face et d’accepter que de nos véritables motivations relationnelles avec un chien , naissent une grande partie des influences invisibles que nous exercerons sur lui.


Exemple :
La motivation relationnelle, «… pour me tenir compagnie », conduit le comportementaliste à chercher à comprendre ce que ce besoin affirmé de compagnie a comme influence « invisible » sur le chien. Avoir besoin de compagnie peut conduire le maître à sur-investir la relation avec son chien. Les peurs et les douleurs créées par le manque et l’ennuie doivent être soulagées par une présence, celle du chien en l’occurrence. Sans vouloir chercher à savoir pourquoi la personne à un tel besoin de compagnie, il est essentiel que le professionnel puisse déceler et percevoir ce manque, en mesurer la force, pour comprendre l'impact de ce sur-investissement sur la relation.


Pourquoi est-ce essentiel de percevoir cela ?
Pour au moins deux raisons :
La première concerne l’humain, et il faut toujours avoir à l’esprit que quelques soient les causes qui les gouvernent, les besoins affectifs et émotionnels doivent être assouvis à tous prix par l’humain. C’est vital et cet assouvissement, souvent inconscient, peut prendre des formes très variées, le choix d’investir affectivement sur son chien en est une.
La seconde raison concerne le chien qui est investi d’un affect qu’il ne peut pas toujours gérer. Apaiser la solitude ou le manque affectif peut se traduire par une exagération des prérogatives nécessaires et suffisantes à un confort strictement canin et de fait, conduire à des réponses comportementales du chien que le maître ne pourra pas accepter - « j’ai besoin de le sentir tout proche, même dans mon lit, mais je ne comprend pas, cela fait deux fois qu’il me mord quand je lui demande de descendre du lit pour changer les draps !» ; telles sont les incohérences que l’on demande au chien de gérer et de comprendre. Je forcerais le trait en rajoutant l’incompréhension du maître qui peut aller jusqu’à dire : « il n’a aucune reconnaissance ce chien, je le traite comme mon bébé et il me grogne, quel ingrat ».

Il n’est pas besoin de multiplier les exemples de nos incohérences pour justifier de l’importance des influences invisibles que nous exerçons sur notre chien. La difficulté majeure réside dans la traduction de l’invisible en visible. Les barrages culturels, sociaux et d’éducation sont autant de freins à l’acceptation par l’humain de la réalité de ses failles, faiblesses et besoins, dont l’assouvissement est je le répète vital. Heureusement, de plus en plus de personnes acceptent d’aborder leur vie à travers une lecture plus introspective de leurs affects et émotions pourtant souvent bien dissimulés derrière une réalité déguisée.

Soyons clair, il ne s’agit absolument pas pour le comportementaliste de conduire la personne dans une démarche thérapeutique, mais uniquement de valider avec elle qu’il peut y avoir des causes invisibles aux problèmes qu’elle rencontre avec son compagnon à quatre pattes. Il faut aussi insister sur le fait que les expériences vécues  des entretiens prouvent que si ce cheminement n’est pas envisageable par le propriétaire du chien, le pronostic du règlement des troubles comportementaux de l’animal est très réservé. Pour faire simple et parler vrai, si lors de l’entretien avec un comportementaliste une personne se ferme à l’idée d’une origine « invisible » du trouble de son chien, il sera très difficile d’apporter une aide efficace pour dénouer la situation.

En tant que comportementaliste c’est tout l’enjeu de la conduite de mes entretiens
Avant de dispenser pompeusement des conseils pratiques répondant aux symptômes comportementaux du chien, je dois avoir compris et partager avec le maître ce qui dans sa relation avec son chien est du domaine du visible et de l’invisible.
La non prise en compte de la possible invisibilité de l’influence causale peut même conduire à de graves erreurs dans une dispense trop facile de conseils aux maîtres. Proposer uniquement aux maîtres de supprimer les causes visibles du troubles peut être une véritable catastrophe. Si ce n’est pas accompagner et remis dans le contexte psycho-affectif du maître cela n'est pas professionnel. Dans l’exemple du chien dans le lit, si le comportementaliste conseil simplement d’interdire la chambre au chien, il est fort à parier que le maître ne le fera pas et que, même s’il le fait, il compensera par d’autres sur-investissements. C’est au maître, une fois en phase avec ses motivations premières et invisibles, qu’il appartient cette fois en conscience , de proposer une solution acceptable pour lui. Lui seul, sait alors ce qu’il peut rectifier dans sa relation pour aider le chien à ne plus vivre d’incohérence et conserver ce qu’il y a de vital en lui en terme d’assouvissement de ses besoins affectifs.

Je ne suis ni psychologue, ni thérapeute de l’humain, pas plus que je ne suis psychologue canin. Je suis médiateur relationnel traitant du mécanisme de la relation entre l’humain et son chien. Mon matériel de médiation s’appuie sur ce que je peux et dois comprendre du maître et de son fonctionnement, ainsi que de ce que je connais du « psycanisme » du chien !

Pour qu’il n’y pas confusion car il existe de réelle différence entre l’humain et le chien, j’ai choisi une fois pour toute d’inventer un terme qui puisse être utiliser pour la structure émotionnelle et affective du chien - pour l’humain nous parlons de psychisme et pour le chien j’ai choisi de parler de « PSYCANISME® »

PSYCANISME® utilise trois racines verbales intéressantes dans leurs combinaisons.
- PSYch : ce qui touche à « l’âme sensitive », affect et émotionnel.
- CANIs : ce qui se rapporte au chien.
- méCANISME : ce qui se rapporte à l’idée de processus.

© Copyright 2008 - Eric Bonnefoi.



Cette rubrique, un peu abstraite, j’en conviens, est très importante pour moi car elle rassemble les notions qui correspondent à ce que vous devez attendre d’un comportementaliste digne de ce nom.

Si j’affirme qu’il existe un psycanisme, organisation affectivo-émotionnelle chez le chien, en regard d’un psychisme pour l’humain, c’est que mon approche des troubles comportementaux du chien s’attache à prendre en compte ces deux éléments dans le cadre de la relation.



Le symptôme comportemental le chien  est l’expression d’un savant mélange des influences environnementales, psychiques humaines et psycaniques.


© Copyright- 2008 - Eric Bonnefoi.